MÉLODIES EN SOUS-SOL Frédéric Ripoll

MÉLODIES EN SOUS-SOL

est une fresque poétique sur le métro réalisée entre 2013 et 2014 dans 6 grandes villes européennes : Toulouse, Prague, Turin, Barcelone Bucarest et Kiev.

L’auteur a volontairement relié ces villes entre elles par une ligne de métro virtuelle.

Walker Evans, photographe américain (1903-1975), a inventé et théorisé ce genre photographique en 1938 dans le métro New-Yorkais. Il se reconnaissait « penitent spy and apologetic voyeur. » (espion pénitent et voyeur apologétique).

Le voyageur dans le métro est particulièrement photogénique car, dit-il …

« The guard is down and the mask is off : even more than when in lone bedrooms (where there are mirrors). People’s faces are in naked repose in the subway.” (la garde est baissée et les masques tombent, bien plus quye dans la soliotude d’une chambre où il y a des miroirs. Les visages des gens dans le métro sont nus et en repos).

In : Walker Evans by James R. Mellows, 1999. USA

Les anglais appellent le métro le « tub », le tube.

Dans un métro cette  impression d’être dans le ventre de la terre est renforcée par le fait de circuler dans un tube digestif. C’est d’ailleurs dans le métro que l’humanité est la plus digeste et où la notion de « Family Of man » prend tout son sens. Dehors, dans le monde, la grande Famille des Hommes est trop souvent indigeste

Parmi les voyageurs du métro, on reconnaît facilement les habitués et les autres, les touristes qui ne font que passer.

Quand il monte dans une rame, la première préoccupation de l’habitué est d’insérer son corps dans un espace limité. Il doit très vite prendre possession de l’espace comme il peut et ensuite prendre la pose, comme chez le photographe. Il se crée alors une chorégraphies des corps faite de rivalités, de luttes de pouvoir, de renoncements et d’abnégation, mais aussi de sensualité.

La deuxième préoccupation du voyageur est d’occuper son esprit. Même si un peu partout, le smartphone s’impose,  les traditions culturelles varient du Nord au Sud de l’Europe : ainsi les Italiens, beaux parleurs, ont dans certaines villes le privilège de continuer à téléphoner dans le métro, qui se transforme en immense cabine téléphonique cacophonique où les conversations les plus intimes se chevauchent. A barcelone, les jeunes s’assoient volontiers par terre (les rames, spacieuses, le permettent) et profitent de l’air conditionné pour s’installer qui pour dessiner, qui pour taper le carton. A Prague, ville de tradition littéraire, les smartphones n’ont pas réussi à remplacer le livre, ou son avatar moderne : le e-book.

On trouve aussi dans le métro des récurrences chargées de sens: les enfants le nez ou le doigt en l’air, les adultes le nez dans leurs chaussures, les asiatiques qui rient tout le temps …

Les gens dans le métro ont pour la plupart une attitude, une expression d’intériorité qu’on ne trouve nulle part ailleurs — sauf peut-être dans les monastères. Car le métro est une sorte de clôture monastique où pour un court instant on a le sentiment de se réfugier dans le ventre de la terre, ou le ventre de sa mère, on s’isole, on se réfugie en soi, jeunes comme vieux, sans que la différence de génération vienne, comme à la surface, dans la rue, « dans le monde », fausser le jeu de société.

Tout cela, on s’en doute, est délicieusement photogénique, et le photographe (ici transparent) bénéficie d’un allié précieux : la lumière des néons, créant dans chaque rame les conditions d’un studio ambulant : une lumière douce, diffuse, à quoi s’ajoute la complicité des images reflétées par les vitres.

La méthode ?

Ne rien attendre, ou plutôt s’attendre à tout … car il faut bien compter sur le hasard, qui fait souvent bien les choses et les photographies.

www.frederic-ripoll.com